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Hypersomnie idiopathique, hypersomnies centrales primaires et secondaires; somnolence, fatigue et sommeil  
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Actualités dans l’hypersomnie idiopathique

Cyrille Vernet et Isabelle Arnulf

Unité des pathologies du sommeil, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris

Centre de référence national : narcolepsie et hypersomnie (Coordination Yves Dauvilliers)

 

L’hypersomnie idiopathique est une maladie rare du sujet jeune caractérisée par une somnolence diurne s’accompagnant d’un sommeil de nuit non fragmenté, de durée normale ou allongée. Elle est envisagée après avoir éliminé d’autres causes plus fréquentes de somnolence, telles que les troubles respiratoires du sommeil, l’insuffisance chronique comportementale de sommeil,  le syndrome des jambes sans repos, la narcolepsie et la dépression. La classification actuelle divise les patients hypersomniaques en 2 sous groupes (American Academy of Sleep Medicine, 2005). Le premier inclue les patients qui ont un sommeil de nuit de durée normale mais une somnolence diurne sévère, avec une latence moyenne d’endormissement  aux test itératif de latence d’endormissement (TILE) de moins de 8 min ; le deuxième sous-groupe comprend les patients qui dorment plus de 10 heures habituellement et en polysomnographie et sont quand même hypersomnolents.

Le diagnostic de l’hypersomnie idiopathique reste difficile, car l’excès de sommeil peut être mal appréhendé par la technique des TILE (endormissement rapide et réveil rapide), qui s’adresse surtout aux narcoleptiques, et moins à des sujets qui s’endorment lentement mais ne parviennent que très difficilement à se réveiller ensuite. Différents protocoles d’enregistrements prolongés ont été proposés, sans qu’ils soient normés ou pratiques à réaliser en routine clinique. Nous avons décrit récemment une méthode d’enregistrement au laboratoire sur 48 heures pour aider au diagnostic clinique de l’hypersomnie idiopathique chez un sujet jeune qui consulte pour une somnolence anormale depuis plus de 3 mois (Vernet et Arnulf, 2009a). Cette technique avait été suggérée par Michel Billiard. Elle est appliquée dans notre hôpital depuis une dizaine d’années. La première nuit de polysomnographie sert de nuit d’habituation aux conditions d’enregistrement et à exclure les autres causes nocturnes de somnolence diurne, principalement respiratoires. Les patients sont réveillés à 6h30 le lendemain pour effectuer les tests itératifs de latence d’endormissement à 8h, 10h, 12h, 14h et 16h. Les capteurs respiratoires sont retirés après la première nuit afin que les patients soient moins gênés pour dormir ensuite. Après ce TILE, un enregistrement continu, ad libitum, de longue durée (24 h) est effectué : après le diner, les patients débutent leur nuit quand ils le souhaitent (mais au plus tard à 22h30), et se réveillent spontanément le lendemain matin. Il leur est proposé un petit déjeuner, puis d’essayer de se rendormir dans le noir, allongé, le matin. Une fois de plus, ils ne sont pas réveillés par l’équipe, mais spontanément. Le déjeuner leur est servi à leur réveil, puis on leur propose à nouveau une sieste en début d’après midi. Les infirmiers et techniciens ont pour consigne de ne réveiller le patient à aucun moment, sauf à 16h (permettant de libérer la chambre pour un autre patient). Durant cette procédure les patients ont la possibilité de dormir de 20 h à 16h, soit une durée de 20 heures.

Le diagnostic de l’hypersomnie idiopathique à durée de sommeil nocturne normale se fait sur le résultat du TILE (latence moyenne d’endormissement inférieure à 8 minutes). Pour diagnostiquer l’hypersomnie avec allongement du temps de sommeil, on retient soit une durée de sommeil nocturne supérieure à 10 heures (critère actuel de l’ICSD), soit une durée totale de sommeil sur l’enregistrement de longue durée de plus de 11 h soit 660 minutes. Dans ce cas le diagnostic ne s’accompagne pas forcément d’une latence au TILE inférieure à 8 minutes.

Trente témoins sains payés ont été enregistrés avec cette même procédure afin de fournir une norme, en particulier pour la durée de sommeil totale sur 20 heures : 525 ± 87 minutes (limites 286-690 min, intervalle de confiance à 95% de 493 à 558 min) mais aussi la répartition de ces stades de sommeil : stades 1 et 2 : 55.8 ± 7.4 %, stades 3 et 4 : 26.1 ± 8.5 % et sommeil paradoxal : 20.0 ± 4.3 %.

Cette étude comportait 40 hypersomniaques avec et 35 hypersomniaques sans long temps de sommeil. Les patients hypersomniaques avec long temps de sommeil avaient une efficacité de sommeil supérieure, ils étaient plus jeunes, plus minces, et avaient plus souvent un chronotype du soir que les patients hypersomniaques à durée de sommeil normale. La latence moyenne au TILE était normale chez 71 % des patients hypersomniaques avec long temps de sommeil. Ceci confirme que les TILE sont très peu sensibles pour ce diagnostic. Ce même protocole, appliqué systématiquement à tous nos narcoleptiques, a permis d’observer une proportion de 16% de  narcoleptiques à temps de sommeil allongé (Vernet et Arnulf, 2009b) : ils présentaient à la fois des caractéristiques de patients narcoleptiques (latences courtes aux TILE, endormissements en sommeil paradoxal) et des hypersomniaques (ivresse de sommeil, longues siestes peu récupératrices). Ces malades font partie, dans notre expérience, des patients les plus difficiles à équilibrer avec des stimulants.

La cause de l’hypersomnie idiopathique reste inconnue. Le système hypocrétinergique d’éveil ne semble pas déficient, d’où la recherche d’une atteinte d’un autre système d’éveil tout proche, le système histaminergique. Les taux d’histamine ont récemment été dosés dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) de patients narcoleptiques et hypersomniaques (Kanbayashi et Coll., 2009). Ces taux d’histamine sont très variables au sein des groupes avec de larges recouvrements : certains témoins (des malades neurologiques, ce qui n’est pas univoque) ont par exemple un taux d’histamine très bas. Cependant le taux d’histamine dans le LCR des patients atteints d’hypersomnie idiopathique (et des narcoleptiques) est en moyenne inférieur à celui de témoins. Ceci est surtout observé chez les patients non traités. Dans le même numéro, l’équipe de Stanford (Nishino et Coll., 2009) trouve des taux d’histamine plus bas chez les narcoleptiques déficients en hypocrétine que chez ceux qui ont une hypocrétine normal : comme l’histamine est une monoamine favorisant l’éveil qui diminue pendant le sommeil, il est suggéré que ces taux reflètent passivement la somnolence, ou en soient le médiateur dans la narcolepsie. Il faut rappeler que si le dosage de l’histamine est très sensible, d’autres facteurs rendent son étude difficile : en particulier une contamination sanguine du LCR, la variation de sécrétion de l’histamine au cours d’une journée ainsi que sa faible demi-vie. La diminution d’histamine dans le LCR pourrait ainsi être secondaire à une diminution de l’activité orexinergique (puisque les neurones à hypocrétine stimulent les neurones à histamine) ou secondaire à la somnolence (Scammell et coll., 2009). Comme cette baisse n’est pas retrouvée dans le syndrome d’apnées du sommeil, Kanbayashi et Coll. suggèrent que le taux d’histamine du LCR est un bio-marqueur indépendant de la déficience hypocrétinergique reflétant le degré d’hypersomnolence centrale.

La diminution d’histamine dans le LCR est une explication intéressante pour l’hypersomnie idiopathique car la plupart des patients souffrant de cette pathologie ont de grandes difficultés à se réveiller au matin. Or, une des anomalies les plus évidentes chez les souris déficientes en histamine est leur diminution de l’éveil au commencement de leur période normale d’activité (Parmentier et al, 2002).

Ce résultat est intéressant sur le point pharmacologique puisque des antagonistes histaminergiques H3 (retrouvés uniquement dans le système nerveux central ; Bonaventure et Coll., 2007) pourraient être des substances efficaces contre la somnolence dans l’hypersomnie idiopathique. Ces molécules réduisent largement la somnolence des souris narcoleptiques. Elles montrent des effets positifs en phase précoce d’essai thérapeutique dans la narcolepsie (Lin et Coll., 2008). Il faut cependant que les neurones histaminergiques soient fonctionnels pour que ces molécules agissent.

 

 

Références

American Academy of Sleep Medicine. International classification of sleep disorders, 2nd ed.: Diagnostic and coding manual. Westchester, Illinois: American Academy of Sleep Medicine, 2005.

Vernet C, Arnulf I. Idiopathic hypersomnia with and without long sleep time: a controlled series of 75 patients. Sleep 2009;32:753-9.

Vernet C, Arnulf I. Narcolepsy with long sleep time: a specific entity? Sleep 2009;Accepted.

Kanbayashi T, Kodama T, Kondo H, et al. CSF histamine contents in narcolepsy, idiopathic hypersomnia and obstructive sleep apnea syndrome. Sleep 2009;32:181-7.

Nishino S, Sakurai E, Nevsimalova S, et al. Decreased CSF histamine in narcolepsy with and without low CSF hypocretin-1 in comparison to healthy controls. Sleep 2009;32:175-80.

Parmentier R, Ohtsu H, Djebbara-Hannas Z, Valatx JL, Watanabe T, Lin JS. Anatomical, physiological, and pharmacological characteristics of histidine decarboxylase knock-out mice: evidence for the role of brain histamine in behavioral and sleep-wake control. J Neurosci. 2002 ;22:7695-711.

Bonaventure P, Letavic M, Dugovic C, et al. Histamine H3 receptor antagonists: from target identification to drug leads. Biochem Pharmacol 2007;73:1084-96.

Lin JS, Dauvilliers Y, Arnulf I, et al. An inverse agonist of the histamine H(3) receptor improves wakefulness in narcolepsy: studies in orexin-/- mice and patients. Neurobiol Dis 2008;30:74-83.

Dernière mise à jour : ( 15-02-2010 )
 
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